Afin d’être éclectique dans ma revue de presse, j’ai sélectionné aujourd’hui cet article de Nada Merhi publié le 19 novembre dernier dans le quotidien L’Orient-Le Jour et abordant le thème du don d’organes.

Avec deux donneurs par an pour un million d’habitants, le Liban a encore un long chemin à parcourir en matière de don d’organes. La raison principale de cette pénurie demeure essentiellement la réticence des hôpitaux à appliquer les décrets ministériels publiés en ce sens et le manque de sensibilisation à cette action noble.

Abnégation, solidarité sociale et l’espoir de renouer avec la vie… Le don d’organes est presque inexistant au Liban où l’on compte moins de deux donneurs par an pour un million d’habitants. Une réalité d’autant plus amère lorsqu’on constate une amélioration de ces proportions dans plusieurs pays de la région où, il y a quelques années, la situation était identique à celle observée actuellement au Liban.

En Arabie saoudite et au Koweït, à titre d’exemple, le nombre des donneurs s’élève à 15 par an pour un million d’habitants. La raison de ce progrès réside pour l’essentiel dans une volonté politique, qui a poussé le gouvernement de ces pays à amender les lois en ce sens, au moment où au Liban les décrets ministériels qui « obligent » les hôpitaux à collaborer dans ce cadre avec le Comité national pour le don et la greffe des organes et des tissus (NOOTDT), en déclarant les cas potentiels de donneurs, tardent à être appliqués.

« Nous n’avons que des donneurs vivants, qui malheureusement ne peuvent pas satisfaire tous les besoins du pays, déplore Antoine Stephan, vice-président du NOOTDT. Si on devait compter uniquement sur eux, un grand nombre de patients qui attendent un cœur, un foie ou un pancréas n’oseront même pas espérer voir un jour le bout du tunnel. Ce sont donc des organes de personnes déclarées mortes dont nous avons besoin. »

« En 2005, le ministère de la Santé a publié un décret obligeant tous les hôpitaux à déclarer ces cas, poursuit le Dr Stephan. Malheureusement, aucun ne nous a été signalé, sachant que cette même année les statistiques font état de 800 décès rien que dans des accidents de la route. Si ces cas avaient été déclarés et que nous avions pu obtenir les organes d’un pour cent d’entre eux, le résultat aurait été nettement meilleur que celui observé en ce moment. Pour cette raison, le ministre de la Santé a publié un deuxième décret rendant la déclaration des personnes décédées obligatoire. » Encore faut-il qu’il soit appliqué.

Pour encourager les hôpitaux à le faire, « leur collaboration à l’amélioration du don d’organes sera une condition pour leur accréditation, précise le Dr Stephan. Par ailleurs, le ministère de la Santé a appelé les établissements hospitaliers qui désirent participer à cette campagne à former un comité qui sera responsable de confirmer ces morts et d’alerter le NOOTDT ».

Couverture des frais

Les hôpitaux au Liban appartenant dans leur majorité au secteur privé et les tiers payants publics et privés ne couvrant pas les frais de prélèvement d’organes, le ministère de la Santé s’est chargé de le faire. De même, les médecins qui le font recevront leurs honoraires. « Il n’existe plus donc d’obstacle financier qui empêcherait la déclaration de décès des potentiels donneurs », insiste le Dr Stephan.

Et d’ajouter : « Il est important de distinguer entre le coma et la mort cérébrale. En cas de coma, le patient a toujours une chance, même minime, de se réveiller. Par contre, la mort cérébrale est un point de non-retour. » Celle-ci doit être déclarée par trois spécialistes : le médecin traitant, un médecin légiste et un neurologue, et confirmée par un électroencéphalogramme au tracé plat ou une imagerie adéquate.

Une décision rapide étant un facteur important dans de pareilles situations, d’autant que l’arrêt cardiaque peut survenir à n’importe quel moment, il est important de ne pas bousculer les parents ou de les choquer. C’est le rôle des coordinateurs de transplantation. « Les médecins peuvent faire tomber le projet à l’eau, puisque, aux yeux des parents, ils ont un intérêt à le faire, constate le Dr Stephan. Par contre, les coordinateurs de transplantation n’ont rien à gagner eux. Leur approche sera mieux perçue par les familles. D’ailleurs, il ne faut jamais aborder le sujet avec les parents de la personne décédée que lorsqu’ils acceptent le décès. »

Cela est souvent difficile, notamment lorsque les familles voient que leur proche respire, qu’il a les joues roses et que la température de son corps est chaude. Dans certains cas extrêmes, les coordinateurs de transplantation se trouvent parfois dans l’obligation de prouver la mort en retirant le respirateur pour une durée maximale de trois minutes pour ne pas abîmer les organes. Les familles peuvent alors constater que leur patient ne respire pas spontanément.

Reproduire le modèle espagnol

Dans le monde, l’Espagne est le pays qui affiche le plus haut taux de dons d’organes, avec 35 donneurs par an pour un million d’habitants. « Les Espagnols ont trouvé la solution en décidant, parmi plusieurs autres mesures prises dans ce cadre, de placer dans chaque hôpital des coordinateurs pour la transplantation, qui perçoivent leurs salaires de l’Organisation nationale de transplantation et qui ont pour mission d’identifier les donneurs potentiels et d’alerter le comité de leur existence, explique le Dr Stephan. Cette démarche a permis d’améliorer le taux des donations. De plus, les résultats d’une telle mesure sont immédiats. Changer la culture et l’état d’esprit des gens est un travail lent et de longue haleine, au moment où nous avons besoin au Liban de solutions immédiates. Nous allons essayer de reproduire cette expérience positive de l’Espagne, d’autant que, depuis deux ans déjà, le ministère de la Santé nous accorde un budget annuel qui nous permet d’élargir le champ de nos activités. Le gouvernement espagnol a aussi accepté de nous aider. Il nous accorde un budget et dépêchera deux médecins. Nous espérons améliorer les résultats d’ici à un an. »

« Les techniques et le savoir-faire ne nous manquent pas, insiste encore le Dr Stephan. Mais c’est la culture du don d’organes qui nous fait défaut. Il faudrait sensibiliser les corps médical et infirmier ainsi que l’opinion publique au don d’organes. Le gouvernement commence à coopérer dans ce cadre. Le ministre de l’Intérieur et le commandement de l’armée ont ainsi décidé de signaler respectivement sur le permis de conduire et la carte des militaires si l’on est donneur. Bien que ces mesures n’aient aucune valeur légale, elles aident toutefois à améliorer la sensibilisation à la question. De son côté, la ministre sortante de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a accepté que des conférences sur ce sujet soient données dans les écoles publiques. »

Les religions favorables au don d’organes

Les religions ne s’opposent pas au don d’organes. D’ailleurs, comment serait-il autrement puisque les pays arabes ont un taux acceptable de donneurs et que l’Église catholique l’a autorisé depuis 1992 ? La défiguration du donneur reste par ailleurs une autre idée préconçue qui pousse les familles à être réticentes. Il est important de préciser dans ce cadre que le prélèvement des organes se fait avec tout le respect dû au donneur. Il s’agit en fait d’une opération chirurgicale, dans le cadre de laquelle le corps est préservé.

Il est important toutefois de savoir – les rares expériences au Liban l’ont d’ailleurs prouvé – que les familles sont plus enclines à accepter l’idée du don, si la personne concernée a rempli sa carte de donneur ou si au moins elle a fait part de sa volonté aux membres de sa famille. Il est également possible de faire don de ses organes dans le cadre d’un testament officiel rédigé chez le notaire et dont copie est remise au NOOTDT.

Pour plus d’informations ou pour remplir une carte de donneur, appeler le NOOTDT au 01/398171 ou au 03/532908, ou en visitant le site web du comité à l’adresse : www.nootdt.org.

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