La victoire de la coalition du 14 mars
La coalition du 14 mars, soutenue par l’Occident et menée par le Courant du Futur de Saad Hariri, a remporté les élections législatives ce dimanche et ainsi obtenu la majorité des sièges au Parlement, soit 71 sièges sur 128, dans l’état actuel des alliances.
Le taux de participation global a été de 54 % et a dépassé tous les pronostics. Depuis 20 ans le Liban n’avait pas connu un tel taux de participation. A titre de comparaison, il était de 45.8 % en 2005.
Si ces élections ont été un succès sur le plan de la participation, elles l’ont été également sur leur organisation en un seul jour. Pendant toute la journée, les bureaux ont connu une telle affluence qu’il fallait patienter une, deux, et même parfois trois heures, pour accéder à l’isoloir.
Quelques anecdotes et incidents isolés dans le déroulement des élections
Le scrutin s’est déroulé dans le calme. Seuls des incidents isolés se sont produits dans diverses régions. Voici quelques incidents relevés dans L’Orient-Le Jour daté d’hier. Des individus ont entrepris de détruire la caméra d’une journaliste. D’autres sont même allés jusqu’à confisquer le tee-shirt d’un chef de bureau de vote, ce dernier s’est retrouvé torse nu. De fausses listes ont été distribuées, deux personnes ont été arrêtées car accusées d’avoir faussé des cartes d’identité. Dans la soirée, une rixe a éclaté entre des jeunes sympathisants qui circulaient tous drapeaux dehors et d’autres jeunes qui ont lancé des pierres sur le convoi, des mesures ont immédiatement été prises par l’armée libanaise pour rétablir le calme.
A Zahlé, Scarlett HADDAD, dans son article de L’Orient-Le Jour hier, a suivi un électeur venant de Beyrouth.
« Un électeur venant de Beyrouth a le sentiment de débarquer sur une autre planète. Il cherche d’abord à savoir dans quel bureau voter. Mais pour obtenir l’information, il doit dire où vont ses sympathies. Si, par malchance, l’indicateur est du camp adverse, impossible de lui soutirer le moindre élément. Il finit par tomber sur la bonne personne. La route menant vers l’école publique, transformée en bureau de vote, est coupée. Les électeurs doivent faire le reste du chemin à pied. Devant la porte principale, la foule compacte attend sous un soleil de plomb. Une heure, deux heures, rien. La lourde grille noire reste fermée… pour cause de foule à l’intérieur. Certains électeurs sont venus à l’aube, de la plaine toute proche, de Syrie ou simplement des villages avoisinants. Ils sont harcelés par les délégués des candidats qui veulent à tout prix leur refiler des listes truquées ou des noms de candidats. Les forts en gueule protestent, et les femmes, voilées ou non, ne sont pas les moins bruyantes. La grille s’ouvre finalement et la marée humaine se précipite à l’intérieur. Mais là, nouvel obstacle, la porte d’entrée du bâtiment est fermée. Un officier de sécurité tente de faire passer un fil pour séparer les hommes des femmes, mais le fil s’entortille autour d’une vieille dame qui se met à hurler, se sentant soudain saucissonnée. L’électeur de Beyrouth est pris en sandwich entre deux coussins moelleux représentés par un arrière-train volumineux et un ventre proéminent. Avec la moiteur qui va avec, il est sur le point de s’évanouir. Mais il sombre littéralement dans un état second lorsqu’il entend sa voisine crier à sa parente : « Dire que j’ai pris une douche ce matin. Cela n’en valait pas la peine. » Et l’autre de lui répondre : « Moi j’ai fait mon compte. Je n’ai pas pris cette peine. » L’électeur venu de Beyrouth se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère quand la marée humaine le pousse vers l’intérieur. Les vitres de la porte d’entrée volent soudain en éclats et le sang gicle sur les dalles. Tout le monde hurle en même temps. La foule a réussi à entrer à l’intérieur, mais l’armée arrive en force cherchant à arrêter le flot. En vain. Nul ne sait qui est blessé, mais tout le monde est barbouillé de sang. Un vote démocratique, cela ? La question est posée aux responsables. Quant à l’électeur venu de Beyrouth, il regrette d’avoir voulu accomplir son devoir national… »
A Batroun, George ACHI, dans son article de L’Orient-Le Jour hier, précise que c’est l’orange des aounistes qui dominait le paysage dès l’ouverture des bureaux de vote, à sept heures. Les supporters du candidat ont tout prévu pour le soutenir. Cela va des tee-shirts, aux bandanas, aux casquettes et autres autocollants. A la question « Est-ce une violation de la loi électorale qui interdit de faire campagne devant les bureaux de vote ? », une femme a répondu « Pas du tout, ce sont simplement nos habits, nous ne faisons pas campagne. » Sans commentaire !
Le Président Sleiman appelle les Libanais à se donner la main dès aujourd’hui
Voici quelques unes des déclarations du président de la République à sa sortie du bureau de vote :
Il a appelé hier les Libanais à « baisser le ton du discours politique, après l’annonce des résultats, et à se tendre la main pour construire le Liban ensemble. Si nous ne parvenons pas à le faire, et si la tension demeure, nous perdrons tous ».
« La démocratie est un don que l’on devrait préserver et qui fait la spécificité du Liban au Moyen-Orient. » Le président de la République se tient à égale distance de tous, il soutient toutes les parties et il a la démocratie comme souci principal.
« Comment ont-ils su que je soutenais certains candidats contre d’autres ? Je soutiens les Libanais et l’intérêt libanais général, et cela transparaît dans l’ensemble de mes actes ».
Aux dangers qui guettent le Liban, il a répondu : « Le danger principal pour l’entité libanaise est le danger israélien. Israël ne veut pas que le Liban reste un pays de convivialité pour prouver sa théorie selon laquelle il est impossible de donner aux Palestiniens leurs droits. Le second danger qui guette le Liban vient de ses propres habitants, s’ils torpillent la démocratie dont nous bénéficions ».
Le mot de la fin
C’est celui de Ray LAHOOD, membre du Congrès américain et observateur électoral représentant le président Obama. « Les élections se sont déroulées de manière parfaite, elles ont démontré que le Liban est l’une des démocraties les plus fortes et que le soutien apporté à son peuple pour voter et désigner ses représentants a permis au pays de devenir une démocratie véritable que les États-Unis souhaitent soutenir ».
J’espère que ces 3 articles vous auront permis de vivre de l’intérieur ces élections législatives au Liban, et de les aimer comme moi je les ai aimés.

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