carte_qadisha.jpgAprès notre visite de Tripoli, nous avons pris la route en direction de Bcharré. De nombreux indices (photos, affiches publicitaires) nous ont indiqué que nous étions dans une région fortement chrétienne et ayant voté pour les Forces Libanaises aux élections législatives le mois dernier. Nous avons retrouvé notre guide Yves, un français présent au Liban depuis 32 ans, devant l’église de Bcharré.

24 heures dans la Qadisha

Voici les découvertes faites et choses vécues pendant ces 24 heures passées dans la Qadisha :
- Notre point de départ, le village d’Hadchit, un éperon rocheux au-dessus de la gorge de la Qadisha.

- Les ruines d’anciens moulins en contrebas du sentier.

- Le couvent de Qannoubin où nous avons été accueillis par des sœurs Antonines. Le couvent a été déserté par les moines et depuis plusieurs années, il retrouve vie au moins en été avec ces sœurs qui assurent une présence, accueille les pèlerins et visiteurs.
C’est le plus important et le plus ancien sanctuaire maronite. Il fut fondé, dit-on, par Théodose le Grand qui régna de 379-395. Du 15ème au 19ème siècle, il a abrité le patriarcat des maronites.
L’église, construite dans une grotte, abrite des peintures murales malheureusement en mauvais état. La mieux conservée représente le couronnement de la Vierge par les 3 personnes de la Trinité. A ses pieds, des portraits de patriarches maronites en vêtements pontificaux. Près de l’entrée se trouve un caveau contenant un corps naturellement momifié (préservé de la putréfaction par des facteurs naturels) identifié comme celui du patriarche Youssef Tyan mort il y a près de 200 ans.

- La grotte de Sainte Marina présente sur ses parois des peintures dont certaines représentent la vie de Sainte Marina. La vie de cette sainte est faite d’abnégation. Selon la tradition, Marina, fille unique, perdit sa mère à l’âge de 9 ans. Son père décida d’entrer au couvent de Qannoubin et, ne voulant pas abandonner sa fille, l’y introduisit quelques années plus tard, la faisant passer pour son fils, déguisée en garçon, sous le nom de Marinus ou Marin. Après avoir vécu en se faisant passer pour un homme, elle en fut chassée sans qu’on eut découvert le subterfuge, étant accusée d’avoir fait un enfant à une paysanne lors d’une sortie des moines. Contrainte à une vie d’ermite, elle sauva un nouveau-né abandonné, le nourrissant miraculeusement de son lait (aujourd’hui encore, des mères nourrices insuffisantes se recommandent à elle). Ses reliques furent transportées de Constantinople à Venise puis de Venise à Paris, où une église fut élevée en son honneur. Ce sanctuaire de Sainte Marina abrite les corps de 18 patriarches.

- Un feu dans la soirée pour préparer notre diner (saucisses – soupe) fort apprécié après une après-midi de marche. Ce fut l’occasion pour Yves et Fabien d’avoir des discussions animées.

- Une nuit à la belle-étoile près de la grotte. Nous étions entourés d’une nuée d’étoiles qui scintillaient dans le ciel.

- Le réveil à 5h30 du matin par un groupe de marcheurs qui a entonné des chants la grotte !

- L’ermitage de Hawka pourrait presque passer inaperçu car construit dans un abri sous roche au flan de la falaise. Nous y avons retrouvé le groupe de marcheurs en train d’écouter le témoignage de l’ermite. Quelle surprise pour moi de voir que le prêtre qui accompagnait le groupe de sa paroisse n’était autre que le père Joseph l’un des prêtres accompagnateurs d’Anta Akhi !

- La messe à 7h30 célébrée par le père Joseph et l’ermite.

- Un temps d’échange avec le Père Dario, l’ermite Colombien au visage que je trouve tellement beau, joyeux, lumineux. Par sa présence, il perpétue l’héritage de la présence d’ermites dans cette vallée et donne le témoignage à ses visiteurs d’une vie simple et rythmée. Dans sa journée, 14h sont consacrées à la prière, 2h au travail, 3h à l’étude et 5h au sommeil.

- Des maisons en ruine, les derniers témoins des vendettas sanglantes qui ont eu lieu dans la vallée.

- La visite d’un couvent hors du sentier. Yves nous a conduit à travers des herbes folles, des chardons et fait faire un peu d’escalade. Et au final, un couvent avec des peintures murales géométriques. Quelle surprise lorsque Sylvain a sorti de derrière un muret le squelette de la tête d’un homme bien conservé ! Je ne suis pas archéologue ou anthropologue mais la bonne dentition laissait à penser que la personne devait avoir une bonne alimentation.

Présentation de la Qadisha

La vallée de la Qadisha est l’un des plus importants sites d’établissement chrétien au monde. Cela mérite donc bien que quelques lignes sur son histoire y soient consacrées ici.

Rassemblés autour d’un pieux moine, Maron, qui vécut vers la fin du 4ème siècle et le début du 5ème siècle, les premiers maronites établirent sur les bords de l’Oronte en Syrie plusieurs monastères d’où ils luttaient énergiquement contre les hérésies, notamment celle des jacobites. Devant les persécutions que leur faisaient subir à la fois les monophysites (personnes rejetant la nature humaine du Christ) et musulmans, ils prirent par la suite le parti d’abandonner leurs terres et vinrent se réfugier dans ces régions élevées du Mont Liban dont l’accès difficile les mettaient à l’abri des oppressions.

De pieux anachorètes (religieux qui mènent, retirés dans la solitude, une vie de sobriété et de contemplation) s’installèrent là dans d’innombrables cavernes et, plus tard, se groupèrent dans un certain nombre de couvents dont le principal, le couvent de Qannoubin, devint au 15ème siècle le siège patriarcal. Retranchée dans cette forteresse, la communauté maronite se soudera peu à peu en une véritable nation qui pourra, malgré les épreuves nées des dominations mamlouke et ottomane, conserver ses particularismes, tandis que l’épisode des Croisades lui permettra de réaffirmer explicitement son attachement à la foi romaine.

Les maronites ont fait de ce lieu sanctifié par des siècles de foi intense une Vallée Sainte (Qadisha en langue syriaque). La Vallée de la Qadisha est aussi appelée la Vallée aux 1000 couvents. Mythe ou réalité ?

Depuis 1998, la Qadisha est inscrite dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Merveille de la nature, la vallée de la Qadisha est cependant en danger. Des constructions illégales et des décharges sauvages viennent défigurer son paysage. Cette situation pourrait lui couter sa place dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce serait dommage !

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