Aline et Fabien, un couple de volontaires DCC, ont assisté en mai dernier à la lecture du livre « Jours tranquilles à Beyrouth » près de la gare de Beyrouth. J’ai souhaité à mon tour découvrir ce lieu.

A la recherche de la gare

locomotive.jpgJ’avais le vague souvenir d’être déjà passé en voiture près d’un cimetière à bus et y avoir vu quelques vieux wagons. Je partais donc sans savoir où se situait la gare de Beyrouth et comptais sur les indications des personnes interrogées à la croisée des chemins. Le résultat était le suivant : l’une orientait vers la gare routière. Une autre ne savait pas qu’il y avait eu des trains au Liban. Une autre indiquait un dépôt. En y entrant, une vieille locomotive émergeait d’une végétation envahissante. Je m’empressais de photographier ce vestige industriel laissé à l’abandon mais encore bien préservé de la rouille.

Le constat était dur, personne n’était en mesurer de localiser la gare. Le chemin de fer était effacé de la mémoire collective des habitants de Beyrouth, aussi bien des jeunes, des militaires que des plus anciens.

Le temps de la remise en question pour un nouvel élan

Je commençais à douter de l’existence réelle de cette gare. Avais-je rêvé un jour d’une gare à Beyrouth ? Les photos sur le site internet d’Aline et Fabien avaient-elles été prises dans une autre ville que Beyrouth, dans un autre pays que le Liban ?

Rentré de ma quête infructueuse et avec ces interrogations, je commençais des recherches sur Internet. Et je tombais assez rapidement sur le site de l’AFAC-Liban. Sur la page d’accueil, je lisais que l’objectif de cette association était de « promouvoir la reconstruction d’un chemin de fer moderne dans le pays, à la lumière de son histoire riche en enseignements ». Si je lisais bien entre lignes, la reconstruction supposait qu’il y avait une construction auparavant. Les mots « histoire riche » me rassuraient. J’avais les preuves de l’existence d’un ancien chemin de fer au Liban.

Je continuais mon travail méthodique. J’avais maintenant besoin de recouper mes sources quant à l’existence de la gare de Beyrouth. Je comparais alors la photo sur le site d’Aline et Fabien et celle sur le site de l’AFAC. Le même sujet était pris sous des angles différents. Quel soulagement ! J’étais désormais conforté dans l’idée que Beyrouth avait dans son passé une gare de chemin de fer.

J’allais pouvoir me lancer de nouveau à sa recherche. La suite dans un prochain épisode…

L’histoire des chemins de fer au Liban

carte_reseau_ferroviaire.jpgPour finir, voici l’histoire des chemins de fer au Liban, histoire très fortement inspirée du site internet de l’AFAC-Liban.

Vers le milieu du 19ème siècle, le sultan ottoman lance un programme de réformes destinées à moderniser l’Empire Ottoman en manque d’infrastructures. Dans le même temps, les grandes puissances européennes, la France, l’Angleterre, l’Allemagne et la Russie, souhaitent défendre ou s’approprier dans cet Empire en déclin des zones d’influence, en valorisant les outils économiques des Provinces. Industriels et hommes d’affaires européens, quant à eux, voient dans ces réformes une opportunité d’investir dans l’Empire Ottoman. C’est à cette époque qu’ils obtiennent les premières concessions pour la construction et l’exploitation de lignes de chemin de fer en Asie Mineure ainsi qu’au Proche et Moyen-Orient. En effet, c’est en 1856 que la première concession pour un chemin de fer de Smyrne à Aïdin est accordée à un groupe d’investisseurs anglais.

En réponse au projet ferroviaire anglais Damas-Jaffa, qui menaçait de détourner le trafic des marchandises du port de Beyrouth vers le port de Jaffa en Palestine (sous influence britannique), les Français se sont empressés de répliquer par un projet de chemin de fer a crémaillère Beyrouth-Damas, ouvert à l’exploitation le 3 août 1895. Puis c’est l’ouverture à l’exploitation de la ligne Rayak – Alep en 1902 et celle de la ligne et Tripoli – Homs en 1911.

En 1930, les luxueux wagons-lits du Taurus Express réussissent le pari de relier Londres au Caire via le Proche-Orient en seulement 7 jours ! Ils prennent à Istanbul le relais du légendaire Orient-Express venant de Paris, desservent Rayak (avec correspondance pour Beyrouth et Damas), Alep et Tripoli. Pour rejoindre Le Caire, en l’absence de chemin de fer entre Tripoli et Haïfa, la compagnie a mis en place un service automobile pour parcourir les 252 kilomètres séparant les deux villes. A Haïfa, les voyageurs peuvent à nouveau emprunter les wagons-lits grâce à la voie ferrée Haïfa – Le Caire, construite durant la première Guerre Mondiale par l’Armée Britannique. La ligne Tripoli-Haïfa est achevée en 1942. Mais le rêve est de courte durée. La liaison ferroviaire Europe-Afrique est à nouveau interrompue lorsqu’éclate, en 1948, le conflit arabo-sioniste. Après la seconde Guerre Mondiale, le Taurus Express reprend du service, mais avec cette fois pour terminus, Beyrouth. Le transport des marchandises continue lui aussi à relier le Liban à l’Europe.

En 1955, la Syrie nationalise son réseau ferroviaire, suivie en 1959 par le Liban, qui en profite pour lancer un ambitieux projet de modernisation de ses voies ferrées et de son matériel roulant. Cependant, le réseau est fortement affecté par les événements de 1975-1990 qui entraînent l’arrêt de certaines liaisons et la destruction d’une grande partie des infrastructures. L’activité ferroviaire ne sera jamais complètement interrompue pour autant, et on se souvient d’initiatives courageuses de reconstruction en 1983 et 1989 notamment.

Au lendemain des événements, le 1er octobre 1991, le « Train de la Paix » s’élance entre Beyrouth et Byblos, grâce à la motivation et l’enthousiasme des cheminots qui ont relevé le défi de remettre en l’état la voie ferrée avec le peu de moyens dont ils disposaient. « Le sifflement du train doit être un symbole de résurrection du pays » avait alors déclaré le président du syndicat des chemins de fer aux nombreux journalistes venus couvrir cet événement historique. Pourtant, quelques années après, la voie ferrée est à nouveau coupée en raison de travaux routiers. Depuis 1995, plus aucun train n’a roulé au Liban, malgré l’étude réalisée pour la réhabilitation de la ligne côtière Tripoli-Tyr.

En 2002, les ministres libanais et syriens des transports posent ensemble la première pierre de la réhabilitation de deux voies ferrées, la ligne Tripoli-Abboudieh dans un but commercial et la ligne Rayak-Serghaya dans un but touristique…

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3 réponses à “A la recherche de la gare de Beyrouth – Episode 1”

  1. Jérôme,
    Je viens de lire quelques unes de tes infos et je me réjouis de toute cette explosion de vie !

  2. visit http://www.rayakrailway.org

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  1. A la recherche de la gare de Beyrouth – Episode 2

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