135, c’est le nombre de jours qu’il a fallu à Saad Hariri pour former un gouvernement d’union nationale ! J’imagine le nombre de nuits blanches et de comprimés de Panadol (paracétamol) nécessaires au premier ministre pressenti pour résoudre le casse-tête chinois, ou plutôt libanais en l’occurrence. Pour comprendre un peu la situation, je propose un rappel des principaux événements. Sans grande prétention tant la situation est complexe et les interactions au sein du pays et avec l’étranger sont nombreuses. N’étant présent au Liban que depuis quelques mois, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris.
Avant de commencer et pour vraiment simplifier, voici les deux blocs politiques s’opposant sur la scène politique libanaise et quelques unes des formations composant ces blocs (petite précision : à l’exception du Hezbollah, aucune des formations ne revendique une identité confessionnelle ou religieuse) :
- La coalition du 8 mars, soutenue par l’Iran et la Syrie :
* Le Hezbollah (formation musulmane chiite de Hassan Nasrallah)
* Le mouvement Amal (formation chiite de Nabih Berri)
* Le Courant Patriotique Libre (formation du général chrétien maronite Michel Aoun)
* La Brigade Marada (formation chrétienne maronite de Sleiman Frangieh)…
- La Coalition du 14 mars, soutenue par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite :
* Le Courant du Futur (formation musulmane sunnite de Saad Hariri)
* Le Parti Socialiste Progressiste (formation druze de Walid Joumblat)
* Les Forces Libanaises (formation chrétienne maronite de Samir Geagea)
* Le Parti Kataeb (formation chrétienne d’Amine Gemayel)…
Le 21 mai 2008 – Accord de Doha
Puisqu’il faut un début, j’ai arbitrairement choisi la date du 21 mai 2008.
Après six jours de négociations serrées au Qatar, un accord est signé le 21 mai 2008 entre la majorité pro-gouvernementale (coalition du 14 mars) et l’opposition. Il met fin à 18 mois d’une crise politique.
Cette crise commence fin 2006 avec la démission des six ministres de l’opposition en protestation contre les agissements du gouvernement Siniora. L’opposition dresse des tentes dans tout le centre-ville de Beyrouth. Avec le départ en novembre 2007 d’Emile Lahoud à la fin de son mandat, la présidence de la République est vacante. La séance du Parlement chargée d’élire son successeur est reportée à 19 reprises et ce, depuis septembre 2007. La crise politique libanaise dégénère le 7 mai 2008 en affrontements sanglants entre les deux camps politiques (entre le Hezbollah et le Courant du Futur dans le Nord du Liban, entre le Hezbollah et le PSP dans le Chouf), avec un bilan de 65 morts en une semaine. Le 9 mai, le Hezbollah parvient à prendre le contrôle du secteur ouest de Beyrouth.
L’accord stipule notamment que :
- Une séance du Parlement doit avoir lieu dans les 24 heures suivant la conclusion de l’accord, afin d’élire un président de la République. Ce poste est dévolu à Michel Sleimane, commandant en chef de l’armée.
- Un gouvernement d’union de 30 membres doit être formé. Il comprendra 16 ministres de la majorité et 11 de l’opposition. Les 3 restants seront nommés par le président de la République.
Le 7 juin 2009 – Elections législatives
Je vais vous rafraîchir la mémoire sur les articles Les élections législatives – Partie 1, Les élections législatives – Partie 2 et Les élections législatives – Partie 3. La coalition du 14 mars, menée par le Courant du Futur de Saad Hariri, obtient la majorité des sièges au Parlement, soit 71 sièges sur 128, dans l’état actuel des alliances. Les élections sont un succès sur le plan de la participation (les 54 % dépassant tous les pronostics) et sur leur organisation en un seul jour (une première au Liban). C’est avant tout la victoire de la démocratie au Liban. A la sortie de ces élections, un regain d’espoir est perceptible.
Le 27 juin – Saad Hariri Premier ministre pressenti
Au Liban, le pouvoir se partage entre les différentes communautés religieuses. Le président de la République est obligatoirement chrétien maronite, le Premier ministre est obligatoirement musulman sunnite et le président de l’Assemblée nationale est obligatoirement musulman chiite. Le 27 juin, Michel Sleimane, président de la République, charge Saad Hariri, fils de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, de former un nouveau gouvernement.
Le 10 septembre – Récusation de Saad Hariri
Le 7 septembre, Saad Hariri transmet la liste du gouvernement d’union, tel qu’il l’entend, au président de la République. Michel Sleiman est alors chargé de signer le décret de formation du gouvernement. Mais il ne compte pas le faire tant que les deux camps ne sont pas entendus. Or la liste proposée par Saad Hariri ne correspond pas aux souhaits de Michel Aoun. Dans ces circonstances, Saad Hariri se récuse le 10 septembre.
Le 16 septembre – Reconduction de Saad Hariri
De nouvelles consultations parlementaires s’engagent au palais présidentiel de Baabda les 15 et 16 septembre pour la désignation d’un nouveau Premier ministre. Sans grande surprise, le président de la République désigne une nouvelle fois Saad Hariri pour former le cabinet d’union nationale.

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