Suite de l’article Un gouvernement voit enfin le jour (1/2).
Le 9 novembre – Enfin un gouvernement
Après plus de quatre mois d’âpres négociations, la majorité et l’opposition tombent d’accord sur la répartition des portefeuilles ministériels. Le gouvernement d’union nationale de Saad Hariri nait officiellement le 9 novembre.
Le nouveau cabinet est composé de 30 ministres, dont 15 pour la majorité, 10 pour l’opposition, et 5 « neutres » désignés par le président Sleimane (j’ai dû rater un épisode car les chiffres ne sont pas les mêmes que ceux de l’accord de Doha !). Parmi eux, 14 ministres entrent dans le gouvernement, dont deux femmes ; 16 ministres retrouvent donc leur poste, dont deux changeant de portefeuilles.
La composition de ce gouvernement ne reflète guère le résultat des élections. Voici une spécificité toute libanaise ! D’où une certaine déception chez les électeurs du 14 mars. Mais il faut reconnaitre que le sentiment d’appartenance communautaire continue de primer sur la notion d’identité nationale au Liban. Les victoires électorales ne permettent pas à un camp déterminé de gouverner seul, il faut souhaiter que cette pratique ne devienne une coutume constitutionnelle.
Une performance d’équilibriste : des quotas et ingérences…
Pour mieux comprendre les raisons de ce long blocage institutionnel, il faut prendre conscience de tous les éléments dont doit tenir compte Saad Hariri pour la formation du gouvernement :
- Les résultats des élections législatives et l’accord de Doha.
- La représentation de toutes les composantes confessionnelles de la société libanaise, indépendamment des étiquettes attribuées au régime politique : maronites, sunnites et chiites sont représentés, mais aussi les druzes, les grecs catholiques, les grecs orthodoxes et les arméniens.
- La représentation géographique. A un moment, Saad Hariri pense attribuer trois des cinq portefeuilles sunnites à des députés issus de la ville de Tripoli. Dans ce cas, que restera-t-il pour les autres régions sunnites ?
- Les revendications des deux camps sur la répartition des portefeuilles et le choix des ministres (exemple : l’impératif de Michel Aoun pour que son gendre soit reconduit au Ministère des Télécommunications). Pendant plusieurs mois, les tractations n’aboutissent qu’à des échecs puisqu’il n’y a en présence que des « moi » passionnels individuels ou collectifs.
- La plus ou moins grande sensibilité sécuritaire des portefeuilles. Au final, ceux de la Défense et de l’Intérieur sont désignés par le président de la République, les Finances sont attribuées à la majorité, les Affaires étrangères et les Télécommunications à l’opposition. Le Hezbollah, lui, a obtenu deux portefeuilles secondaires, l’Agriculture et le Développement administratif.
- L’état des relations entre la Syrie et l’Arabie saoudite, principaux soutiens des deux camps. Un récent rapprochement syro-saoudien et un climat régional relativement plus calme ont favorisé la naissance du cabinet.
… Aux compromis et concessions
Finalement, il s’avère que la seule formule possible est celle du compromis et que pour qu’il se concrétise, les deux camps doivent faire des concessions. En voici quelques unes :
- Dans le camp du 14 mars, Saad Hariri refusait le principe de nomination des perdants aux législatives dans le gouvernement. Finalement, il accepte qu’un ministère soit attribué au gendre de Michel Aoun.
Saad Hariri refusait d’attribuer le portefeuille des Télécommunications ainsi que celui de l’Énergie à la coalition du 8 mars car il voulait appliquer un plan de réformes en application des résolutions de la conférence de Paris III. Finalement, il accepte que l’opposition les conserve.
Après sa récusation, Saad Hariri réfléchissait à de nouvelles formules comme celle d’un gouvernement de technocrates ou encore celle d’un gouvernement de pôles politiques. Finalement, il reste favorable au gouvernement d’union nationale selon la formule 15-10-5.
- Dans le camp du 8 mars, Michel Aoun réclamait une part gouvernementale proportionnelle à sa représentation au Parlement, autrement dit six ministres. Finalement, il accepte que son bloc n’obtienne que cinq ministres.
Michel Aoun réclamait cinq portefeuilles. Finalement, il accepte quatre portefeuilles et un ministère d’État.
Michel Aoun réclamait un portefeuille régalien. Finalement, il accepte les Télécommunications et l’Énergie, en plus de l’Industrie et du Tourisme.
Chaque camp a donc plus ou moins mis de l’eau dans son vin pour que le gouvernement d’entente puisse voir le jour.
Quid de la suite ?
Depuis l’annonce du nouveau gouvernement, une page se tourne et un climat positif règne dans le pays.
Ces derniers mois, Saad Hariri ne s’est préoccupé que de mettre sur pied une équipe ministérielle satisfaisant à peu près tout le monde. Désormais, il faut trouver un accord sur le programme du gouvernement. Un comité parlementaire, constitué du tiers plus un des ministres, est actuellement chargé de rédiger la déclaration ministérielle. Ceci ne devrait pas poser de problème majeur. La déclaration s’inspirerait largement de celle du précédent gouvernement, tout en étant plus vague et évitant les sujets délicats, voire tabous comme les armes du Hezbollah.
Restons dans cet élan d’optimisme. Espérons que le gouvernement d’union présidé par Saad Hariri réussira là où les précédents gouvernements Siniora de coalition ont échoués (rappelez-vous les évènements précédant l’accord de Doha). Espérons que les réformes dont le Liban a tant besoin vont s’engager sans tarder (gestion de la dette publique dépassant les 50 milliards de dollars…). Espérons que le citoyen libanais, le grand absent des débats ces derniers mois, va recevoir des éléments de réponse à ces exigences (santé, sécurité, eau, électricité…)…
En guise de conclusion, les deux camps devraient entrer de nouveau en campagne électorale dès le premier trimestre 2010… pour les élections municipales. Ces dernières s’annoncent encore plus pénibles que les législatives de juin dernier car elles se déroulent dans de petites circonscriptions et mettent en cause, en plus des considérations confessionnelles et communautaires, les susceptibilités familiales. Les débats devraient cependant être plus proches des préoccupations des électeurs. Les deux camps semblent d’accord pour reporter l’échéance de ces élections. Ouf !

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