Deux semaines de vacances en France s’achèvent et le retour au Liban approche.
De l’aéroport parisien…
Après la dépose de mon bagage en soute et les contrôles de sécurité à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, je prends place à bord de l’avion. Après quelques minutes, le hublot de notre Boeing 777 laisse découvrir un avion d’Air France avançant à vitesse réduite pour se garer près d’un avion de la Middle East Airlines (compagnie aérienne libanaise). Quelle coïncidence !
Il est 9h10, la température extérieure est de -3 degrés. Le commandant de bord nous indique que notre décollage est imminent. L’avion s’engage à faible vitesse sur la piste recouverte d’un léger manteau blanc qui disparait avec le souffle d’air chaud du réacteur. Une fois arrivé au point d’arrêt de la piste assignée, l’avion roule jusqu’à atteindre une certaine vitesse, se cabre et les roues quittent le sol. Le vieux rêve d’Icare se réalise.
Pendant le voyage, des cartes se succèdent sur les écrans de cristaux liquides. Elles réduisent l’espace réel à un dessin avec du vert, du jaune et du marron pour les terres, du bleu pour les mers. Lentement, un petit avion iconique évolue sur ces cartes en suivant un trait vert fluo. Il survole les Alpes, traverse la mer Méditerranée et franchit les frontières en ignorant les hommes.
L’avion entame sa descente. Après cette courte absence, une émotion me saisit à la vue de ce paysage familier. Tout d’abord, la chaîne de montagnes enneigée du Mont-Liban qui émerge d’une couverture nuageuse. Puis Beyrouth. Je reconnais la Corniche – l’un des lieux de promenade favoris des Beyrouthins, le nouveau phare, les plages privées, la célèbre Grotte aux pigeons – des ilots de calcaire de 60 m de haut modelés par l’érosion. L’avion longe ensuite la côte vers le sud et laisse voir au bord de l’eau ce qui ressemble vu du ciel à des masures.
… à l’aéroport beyrouthin
La distance avec le niveau de la mer se réduit fortement, à tel point qu’un amerrissage semble imminent. C’est alors que le seuil de la piste apparaît à travers le hublot. Quelques secondes plus tard, les roues touchent la piste. Les aérofreins placés sur les ailes et les inverseurs de poussée entrent en action pour freiner l’avion. L’atterrissage réussi est célébré par des applaudissements fournis.
L’avion continue à vitesse lente vers l’aérogare, amorce un dernier virage et s’immobilise sur son aire de stationnement. Il est 14h10 et la température extérieure est de 21 degrés. L’écart de température entre la France et le Liban est de 24 degrés ! Je quitte l’avion et m’engage dans la passerelle télescopique permettant de rejoindre l’aérogare.
Je me rappelle avoir vu lors de mon voyage précédent une file d’attente un peu à l’écart de femmes éthiopiennes, philippines… Ce devait être la « zone de réception pour les bonnes » dont parle George Achi dans l’article « Immigration et maltraitance : le parcours d’une combattante ».
Alors que j’attends pour les formalités de douane dans la file correspondant aux étrangers et arabes autres que libanais, des hommes, en uniforme ou en civil, vont et viennent. Parfois l’un d’eux vient chercher dans la file d’attente une personne, une famille, les fait franchir sans contrôles les formalités. Je montre au douanier mon passeport, ma carte de séjour et la fiche que j’ai remplie dans l’avion, fiche où sont indiquées les nom, prénom, prénom du père, date et lieu de naissance, motif du voyage, informations sur le passeport. Il contrôle et tamponne nonchalamment mon passeport. Je montre ensuite ce dernier avec la nouvelle estampille à un officier qui y jette un rapide coup d’œil. Je récupère alors mon bagage qui était dans la soute de l’avion. Pour finir les formalités, je passe devant un douanier pour les bagages, je n’ai rien à déclarer.
Je sors soulagé de la zone d’arrivée et me retrouve devant une haie chamarrée de gens venus accueillir leurs proches, leurs amis, leurs fiancés, des familles d’émigrés venus passer quelques jours au pays. J’aperçois au bout de l’allée Fady puis Layal, deux accompagnateurs à Anta Akhi, et enfin Domitille, une française en stage à Anta Akhi. Les accolades sont vigoureuses, à la hauteur de la chaleur de ces retrouvailles. Ils m’offrent des ballons gonflables, avec l’inscription « Welcome », avec des smileys colorés, en forme de cœur (la fête de la saint Valentin est proche !). Quel accueil !
Charly, l’un des super chauffeurs d’Anta Akhi, est chargé de nous accompagner à Anta Akhi. En même temps que je raconte mes vacances et donne des nouvelles des amis d’Anta Akhi que j’ai vus, je jette des coups d’oeil par la fenêtre. Les panneaux avec le portrait de Hassan Nasrallah dans la banlieue sud laissent progressivement place aux panneaux avec le portait de Rafic Hariri dans le centre-ville. La Place des Martyrs est couverte de milliers de chaises alignées en vue du rassemblement commémorant la mort de Rafic Hariri dans un attentat, cinq ans plus tôt.
Arrivé à Anta Akhi, je revois chacun, jeunes et accompagnateurs, avec une grande joie. Je suis surpris car tous me demandent plus de nouvelles de mes parents que de moi ! Je suis ravi de revenir dans ma maison, de retrouver mon bureau et ma chambre. Une nouvelle année peut commencer…

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