MoustiqueAlors que je menais une vie paisible en France, je décide un jour de satisfaire ma soif des grands espaces. Je m’invite dans un sac à dos plein à craquer, entre un pantalon et un pull. Sans vraiment savoir où cette aventure me mène. Le voyage n’est pas de tout repos. Je suis secoué comme du linge dans une machine à laver, je reçois des rayons X très désagréables. Quelques heures après, le sac s’ouvre. Je ne suis pas mécontent de déployer mes ailes longues et fines et de prendre mon envol.

En seulement quelques heures de vol, je découvre mon nouvel environnement et fais la connaissance de frères et soeurs de sang. Ils me mettent alors en garde pour que mon espérance de vie ne soit pas raccourcie prématurément. Je prends conscience que la vie à nous autres moustiques sera dure ici au Liban.

Quand j’étais plus jeune, je pensais que les humains m’aimaient beaucoup car à ma vue ils applaudissaient. Maman m’avait alors mis en garde contre eux. Mais elle ne m’avait pas préparé à ce que les humains sont capables de faire dans cette partie du monde. Sur les portes des maisons, ils mettent des moustiquaires coulissantes. Sur les fenêtres, ils mettent soit des moustiquaires fixes coulissantes avec un vantail ou deux vantaux, soit des moustiquaires fixes. Tout cela pour m’empêcher l’accès chez eux. Et moi qui avais toujours entendu que les libanais étaient réputés accueillants, quel constat amer !

Mais je trouve toujours une parade pour me frayer un chemin dans les maisons, soit en profitant d’un trou dans une moustiquaire, soit d’un moment d’inattention lorsque les humains laissent une porte ou une fenêtre ouverte… Quand j’y arrive, je dois faire face au Vape, un petit appareil électrique qui sert à réchauffer une plaquette contenant un produit pour me repousser. Je dois également faire face aux produits chimiques pour lesquels nous autres moustiques avons dû développer de solides résistances. Mais nous n’avons pas encore trouvé la parade à cette arme que je découvre dans ce pays et qui me donne froid aux ailes, tant le nombre de victimes est conséquent.

La raquette anti-moustiques

J’ai appris ici à identifier lorsqu’un humain m’a repéré. Il fait semblant de s’éloigner puis revient après quelques instants avec une sorte de raquette qu’il empoigne fermement. Il appuie sur le bouton « ON » pour allumer cette arme qui se recharge directement sur une prise électrique. Il presse ensuite un bouton situé sur le manche et le courant passe à travers le tamis de la raquette.

Il est alors impératif pour moi d’éviter le contact avec le tamis, sinon c’est le foudroiement instantané. Comble de l’injustice, la raquette n’est pas dangereuse pour les humains car une grille de protection entoure le tamis électrifié. Même en cas de contact avec le tamis, ils ne risquent rien du fait du faible voltage.

Je suis repéréL’humain avec qui je suis venu clandestinement au pays des Cèdres ne laisse aucun doute sur ses intentions. Il engage la partie. J’anticipe un premier coup droit de sa part, me rapproche du plafond pour reprendre un peu mon souffle mais doit esquiver dans la foulée une volée. A cause de plusieurs années de pratique du tennis, il maîtrise la technicité, les coups droits, revers et autres smashs. Je m’enfuie alors à l’autre bout de la pièce. Agacé de voir ma résistance de fond de court, il secoue alors la raquette tout autour de lui pour m’atteindre. Je vois le tamis s’approcher à quelques centimètres seulement de moi. J’essaie de laisser passer l’orage avant de prendre les commandes du match.

Je devine chez lui une intense sensation de défoulement, mêlée à une certaine dépendance depuis qu’il a fait la connaissance de cette arme au Liban. Il se vante même de ses aspects efficace, très économique et écologique.

Un tie-break est nécessaire pour nous départager. L’issue de la partie se fait proche, la pression monte. Il prend un léger avantage mais je ne baisse pas pour autant ma garde. Je tremble car je frôle la mort à chaque coup de mon adversaire. Aussi j’essaie de gagner du temps et espère l’avoir à l’usure. Mais un moment d’inattention de ma part est fatal. D’un smash puissant, l’humain me terrasse, je grille sur le champ. Destin tragique en ce funeste jour. Jeu, set et match…

Related Posts with Thumbnails

2 réponses à “Une dure vie de moustique”

  1. C’est que tu ferais vraiment peur avec cette raquette, pas seulement aux moustiques. C’est un super article, avec un petit brin de poésie, bien sympatique.

  2. Ah mon ami, je me suis payé une franche partie de rigolade… en fait j’étais vraiment P2R (pété de rire), lorsque d’un click négligeant j’ai visionné ta photo de raquetteur sadique hurlant la cruelle émotion de sa victoire électrifiée et là…là… de pété de rire, je suis passé à PE4 (PE4 n’est pas une classification militaire de réformés, pour cause de faiblesse du bulbe non, mais signifie « plié en 4″ ) ah merci de ce bon moment vraiment ! à bientôt… tant de choses à te dire ! tant !

Trackbacks/Pingbacks

    Pour laisser un commentaire...

    Les commentaires sont modérés et certains peuvent passer dans le filtre de spam. Ne vous inquiétez pas, je les vérifie un par un et les affiche après. J'encourage aussi ceux qui ne laissent jamais de commentaires à le faire, cela fait toujours plaisir ! Merci.

    Laisser ces deux champs tels quels :