Presse – Les clés pour vaincre le harcèlement sexuel au Liban
L’association IndyACT lance sa campagne « Les aventures de Salwa » visant à lutter contre le harcèlement sexuel au Liban sous toutes ses formes et à encourager les victimes à porter plainte et à témoigner contre leurs agresseurs.
La campagne « Les aventures de Salwa », lancée par IndyACT, est née du ras-le-bol de cinq jeunes femmes qui dénoncent et luttent contre le harcèlement sexuel au Liban. Car, pour ceux qui en doutent encore, le harcèlement sexuel existe bel et bien au pays du Cèdre et touche les enfants, les jeunes filles et les femmes. En somme, plus de la moitié de la population. Pour Leen Hashem, Amanda Bou Abdallah, Rania Ignatios, Farah Salka et Hiba Rajha, les jeunes femmes à l’origine de cette campagne, le harcèlement sexuel est encore un sujet tabou et rares sont les victimes qui osent en parler et encore moins dénoncer leurs agresseurs, ce qui nourrit la fausse impression que le Liban n’est pas concerné.
L’objectif principal étant de sensibiliser le public, les jeunes femmes ont créé le personnage de « Salwa » qui leur permet d’aborder le sujet en douceur, sans porter atteinte à la sensibilité ou à la pudeur de certaines personnes, et surtout pour pouvoir toucher les plus jeunes à travers des dessins animés éducatifs. Selon Leen Hashem, le harcèlement sexuel est un phénomène courant qui pourrait survenir n’importe où : dans la rue, à l’école, dans les transports publics, dans les universités, sur le lieu de travail et même à la maison. Et, contrairement aux idées reçues, il se manifeste sous plusieurs formes : « On a tendance à penser que le harcèlement sexuel est purement physique, pourtant les commentaires déplacés et malvenus constituent également une forme de harcèlement, d’où l’importance d’éduquer l’ensemble de la population et pas seulement les femmes et les enfants », explique-t-elle.
Amanda Bou Abdallah s’est empressée de relever un autre problème : celui de la mentalité libanaise, qui nourrit le sentiment de honte et de culpabilité chez les victimes et les empêche de témoigner par peur de salir leur réputation et d’humilier leur famille, surtout quand l’agresseur est un membre de la famille. « C’est le silence des victimes qui protège les agresseurs et qui fait qu’ils se sentent en sécurité et n’ont pas peur de récidiver », renchérit-t-elle. Elle ajoute : « À travers notre campagne de sensibilisation, nous tentons d’éliminer cette mentalité en faisant comprendre aux victimes qu’elles ne sont pas responsables de ce qui leur arrive et en les encourageant à sortir de leur silence. »
En vue d’atteindre les objectifs de leur campagne, les responsables ont pris plusieurs dispositions. Elles ont tout d’abord créé le personnage de « Salwa », dont les « aventures » sont représentées sous forme de bandes dessinées et de dessins animés diffusés sur les chaînes de télévision locales, Internet, Facebook, dans les journaux, etc. Les épisodes, tels que Salwa au bureau ou Salwa en taxi, mettent en scène la petite héroïne dans différentes situations où elle doit faire face au harcèlement sexuel.
La campagne comprend aussi la mise en place d’un groupe de soutien qui rassemble les victimes dans un environnement favorable et les encourage à partager leurs expériences en vue de les aider à surmonter les événements traumatisants qu’elles ont vécus. Un site Web est actuellement en préparation pour permettre l’échange de témoignages et d’information avec le public. Parallèlement, les jeunes femmes travaillent sur une brochure dans laquelle elles dispensent des conseils au public concernant les précautions à prendre, les astuces et les lois en vigueur qui protègent les victimes de harcèlement sexuel. Cette brochure sera ensuite distribuée dans les différentes régions du pays lors du lancement de « la Journée de Salwa », journée qui marquera l’aboutissement de la campagne.
Leen Hashem souligne qu’il existe jusqu’à ce jour très peu de lois au Liban qui agissent contre les différentes formes de harcèlement sexuel. Ses collaboratrices se joignent à elle pour demander au gouvernement d’élaborer un code pénal qui criminaliserait le harcèlement sexuel sous toutes ses formes et protégerait les personnes qui en sont victimes.
Face à cette absence de « dissuasion légale », l’enjeu principal est de renforcer les « dissuasions sociales » en éduquant la population et en luttant contre cette mentalité qui nourrit la honte et la culpabilité, et qui s’invente des tabous là où il ne devrait pas y en avoir.
Source : Anna Tabet, quotidien L’Orient-Le Jour, 16 avril 2010
Voici la premier épisode des Aventures de Salwa :
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