Jour 3 – Taanayel

Jour 3 - TaanayelIl est 9 heures. Probablement de passage à Baalbek, un voyageur semble étonné de voir les décorations des bus de la caravane et profite de la situation pour filmer l’un d’eux. Nous rejoignons nos bus respectifs, mettons les voiles et larguons les amarres. A travers les vitres, nous saluons une dernière fois la personne de la municipalité qui nous a accompagné lors de notre étape baalbekoise et qui est visiblement émue. Nous mettons le cap vers le sud. Cette traversée de la plaine de la Bekaa est l’occasion de faire des (re)découvertes.

Le drapeau libanais côtoyant celui de l’Autorité Palestinienne (un triangle rouge sur la gauche, prolongé par 3 bandes horizontales noire, blanche et verte) et le portrait du président palestinien défunt Yasser Arafat indiquent l’entrée du camp de Wavel, plus connu sous le nom arabe Al Jalil. Cet ancien baraquement de l’armée française a été transformé en un camp de réfugiés palestiniens et compte actuellement environ 8000 habitants. Pas de photos m’avait-on martelé auparavant, leçon retenue !

La grisaille des constructions contraste avec les couleurs éclatantes bleue et verte des mosaïques de la mosquée, près du mausolée Saïda Khaoula. Elle a été construite dans la pure tradition architecturale perse et financée par des fonds iraniens. Pas de photos m’avait-on martelé auparavant, leçon retenue !

Avec ses atouts naturels, terres fertiles et eaux abondantes, ce paysage vallonné de la Bekaa produit céréales, vigne, betterave, pomme de terre… En faisant travailler des ouvriers agricoles syriens sans statut officiel et logés de façon rudimentaire, le plus souvent sous des tentes. Ils font partie de ces quelques 300 000 Syriens travaillant au Liban et occupant des emplois boudés par la plupart des libanais.

Au Liban, les camions sont décorés avec de très riches calligraphies, des peintures… et même des cœurs. Clin d’œil à la caravane amoureuse de ce camion qui nous précède près de Chtaura !

 

Nous arrivons à bon port au sein d’arcenciel, association dont le 25ème anniversaire a été relaté dans le quotidien L’Orient-Le Jour. Rayan nous accueille puis nous présente arc-en-ciel et l’écolodge. Cette présentation technique sur les procédés de construction et d’entretien de ce village traditionnel de maisons en terre intéresse fortement les caravaniers.

La visite de l’écolodge peut débuter. Dans le mur blanc clôturant le village traditionnel, la porte située entre deux fenêtres donne accès à une grande cour. Cette dernière constituait un espace de vie et de travail pour les habitations disposées autour.

Deux bâtisses voisines se partagent un espace de vie couvert, traditionnellement recouvert de tapis et bordé de coussins. Les habitants y recevaient, buvaient le café et le maté pendant des heures. Nos caravaniers semblent apprécier les deux plateformes, Christine et Pierre discutent tandis que Marie-Françoise, Marie-Claude et Guy se reposent.

Sitôt le seuil d’une habitation franchi, on est surpris par le dépouillement de l’intérieur. Elle est composée d’une pièce principale et le mobilier y est inexistant. Dans les murs blancs très épais, des niches avaient chacune une fonction particulière. La niche à l’entrée était réservée aux jarres d’eau. La niche occupant un pan de mur de la pièce était destinée à stocker durant la journée les matelas qui étaient étendus sur les tapis durant la nuit. Une étagère était attribuée à l’exposition de beaux objets non utilitaires ou inemployés et qui faisaient souvent partie du trousseau de la mariée (verroterie, vaisselle ou plateaux en cuivre).

Les hivers rudes dans la Bekaa et les éventuelles pénuries incitaient les habitants à emmagasiner après chaque récolte des denrées préparées. Cette mouneh était ensuite consommée en toute saison. Des bocaux de légumes en saumure sont visibles dans les niches de la cuisine de l’écolodge.

Nous sortons du village traditionnel et nous rendons dans l’espace voisin destiné à l’accueil et à la restauration. J’y constate l’avancée des travaux depuis mon passage l’année passée avec les autres volontaires DCC au Liban. L’installation d’un écran plat de télévision me semble tout de même inapproprié en ce lieu ! L’occasion est alors donnée aux caravaniers de découvrir la bière libanaise et un autre aspect de la cuisine traditionnelle libanaise.

 

Avec d’autres caravaniers, nous profitons du temps libre après le déjeuner pour nous diriger à pied vers le couvent des pères jésuites de Taanayel. Des sentiers boisés et ombragés nous mènent à un lac artificiel aménagé au centre du domaine. Canards et oies ont domicile dans ce havre de fraîcheur et de quiétude ô combien agréable en été. Près du lac, les cépages de vignes globe-trotteurs (Syrah…) continuent de mûrir sous le soleil si généreux de la Bekaa. La ferme du couvent avec ses 120 bovins fabrique des produits laitiers réputés pour être sans additifs et de qualité. Yves, l’intendant veillant sur la bonne alimentation des caravaniers, achète quelques uns de ces produits. Pour finir notre promenade, une halte est faite au sanctuaire dédié à la Sainte Vierge. La visite au couvent vaut vraiment le détour car elle combine découverte de la nature, achat de produits sains et spiritualité !

 

En fin d’après-midi, le spectacle est introduit avec enthousiasme par Alicia du centre culturel français de Zahlé. Marc s’adresse alors au public pour délivrer son message, son émotion face à la beauté du monde, à la beauté des êtres. Marie-Astrid puis Cathy, la femme de Marc Vella, se succèdent au piano, accompagnées par Alain à la clarinette. A pas de loup, Céline séduit et surprend le public, petits et grands. Les danses orientales envoutantes de Laure et Estelle accompagnent Marc au piano.

Sous son parasol doré, Marc tire de son piano des sonorités inattendues, tantôt cithare, tantôt coup de tonnerre. Cela est possible grâce la technique des variacordes qu’il a mise au point. Pendant que sa main gauche caresse le clavier, sa main droite titille les cordes à l’aide de mailloche, objet sculpté ou balle de jonglage.

Après le concert, Marc invite une femme à improviser au piano avec lui. Elle joue des notes auxquelles il fait écho. A les entendre jouer ensemble, il est difficile d’imaginer qu’elle n’ait jamais joué de cet instrument auparavant. De même avec le jeune garçon qui la succèdera. Marc se sert de ses notes comme de petites passerelles entre les hommes.

 

Les sièges de Caribou sont pivotés pour créer dans le bus des couchettes à double étage. Quelques matelas sont posés sur les couchettes les moins confortables. Dans un esprit de cohabitation respectueuse, je passe ma première nuit dans Caribou.

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