Sourd en langage des signesJ’aime mettre en lumière dans ce blog des initiatives locales. Aujourd’hui, mon choix s’est porté sur l’IRAP qui est au service de jeunes sourds. Carla Henoud publie le 15 février dernier dans le quotidien L’Orient-Le Jour un article à l’occasion des 50 ans d’existence de cet institut.

Elles préfèrent parler des amis qui ont toujours été là, de la Providence, de la main de Dieu et des hommes, de miracles et de belles surprises, pour décrire cette magnifique aventure humaine appelée IRAP. Pourtant, sans elles, Janine Matta et Souad Ballita, cette immense aventure n’aurait jamais eu lieu… Janine la tête, qui a « la grâce du dernier mot » et Souad le cœur, le « clown » qui a, précise-t-elle, tous les droits sauf celui de ne pas faire rire ! Deux âmes pour une institution. Une expérience de vie, une mission spirituelle, une mission tout court.

Car l’IRAP est d’abord un foyer, qui s’est déplacé de Jisr el-Bacha à Sin el-Fil, avant de s’ancrer à Aïn Aar. C’est une équipe de professionnels au service des jeunes sourds, des « blessés de la vie ». Une organisation parfaite qui permet de prendre en charge de plus en plus d’enfants. Ce sont des ateliers professionnels qui fabriquent petits-fours, gâteaux, produits surgelés, articles cadeaux, céramique, permettant de poursuivre l’aventure. C’est le sourire de cet enfant, quand il a réussi à entendre puis à écouter. Le sourire de l’orthophoniste, quand il a réussi à se faire entendre. C’est une vie qui se construit à coups de petits bonheurs qui s’additionnent. C’est une maison à Aïn Aar où vit, depuis 43 ans, la joyeuse famille de l’IRAP.

Providence

Le toit est en tuile, les murs en pierre. La bâtisse est cernée d’arbres qui semblent la protéger des mauvais vents. Il suffit d’y arriver, d’être accueilli par la gaieté des enfants, la gentillesse naturelle des responsables, le bonheur de tous, pour sentir qu’une présence divine flotte dans les airs. L’ensemble, modeste, presque timide, s’est construit petit à petit au gré des possibilités et des moyens. Il abrite aujourd’hui les classes où se donnent les cours scolaires, les salles de rééducation orthophonique, les ateliers de couture et de céramique, les cuisines, les lieux de vie, les réfectoires et les dortoirs. Et puis la chapelle, ancienne écurie devenue minuscule lieu de prière, d’où se dégage une immense quiétude qui transporte le visiteur vers une autre dimension. « Le secret de la réussite de cette maison …», murmure Souad, avec ce sourire rayonnant qui la caractérise.

Munies d’une certitude, certes irrationnelle, Janine et Souad se sont embarquées dans cette vie de partage à la fin des années 50. « Nous n’avons pas choisi, disent-elles. Les événements se sont imposés à nous. Nous n’avons fait que suivre… »

L’œuvre est née à Lourdes, au cours d’un pèlerinage. « Nous étions un groupe sensibilisé aux handicapés que nous avions recrutés dans les milieux défavorisés, précise Janine. L’idée de base était de créer un lieu où nous pouvions vivre avec eux. Nous avons ainsi remarqué que la majorité de ces handicapés étaient des enfants sourds… » En 1962, les premiers pensionnaires sont accueillis à Jisr el-Bacha. Les donations et les kermesses permettent de payer le loyer. Janine et Souad sont invitées à Villefranche pour se spécialiser dans les troubles du langage. « Cette même année, nous avons osé ouvrir la première classe de sourds équipée d’appareils électroniques modernes. » Le foyer est transféré à Sin el- Fil. L’Institut de rééducation audiophonétique qui vient de naître conclut un accord de coopération avec le ministère des Affaires sociales. De 1963 à 1968, le nombre de locataires augmente. Un déménagement s’impose.

Le miracle de Aïn Aar

L’histoire de l’acquisition de cette vieille maison et du terrain autour, mis en vente à Aïn Aar, « relève du miracle », confie le duo. Une campagne est lancée en janvier 1967 pour collecter la somme nécessaire, soit 70 000 LL. Lors du Téléthon, animé par Jean-Claude Boulos, les gens se déplacent pour donner ce qu’ils peuvent. Un enfant de 6 ans dépose sa tirelire ; un étudiant, une vieille dame offrent ce qu’ils ont. Chacun dépose son grain de sable. Pas de châteaux en Espagne mais une vraie maison, à Aïn Aar, qui peut loger et nourrir jusqu’à 150 personnes. L’IRAP est officiellement reconnu par le ministère de l’Intérieur le 20 janvier 1975. Cette même année, une cafétéria démarre à l’Hôtel-Dieu de France. Elle contribue, jusqu’à aujourd’hui, à couvrir les frais de l’établissement.

Cinquante ans plus tard, 50 ans où, tous les jours, Janine et Souad sont témoins de ces signes du ciel, comme des récompenses – bien méritées – tombées aux moments les plus difficiles, « le bilan parle tout seul », nous disent-elles. L’IRAP offre aux enfants sourds une éducation précoce et une préparation à la scolarisation ainsi que des classes spécialisées, du jardin d’enfant au brevet. Il assure également un suivi d’enfants et de jeunes sourds dans des écoles avoisinantes et une formation technique à d’autres jeunes des villages proches.

« Nous voulons faire de cette année jubilatoire un moment inoubliable. Un retour aux sources, aux amis et à la spiritualité ». À l’occasion de ce bel anniversaire, Janine et Souad invitent les anciens de l’IRAP et la grande famille de cette maison, tous témoins et acteurs de cette belle aventure, à une messe qui aura lieu le 17 avril à 18 heures, en l’église Saint-Élie d’Antélias. « Nous voulons surtout garder la porte ouverte et le cœur ouvert. »

L’occasion, aussi, de les remercier de tout simplement exister.

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2 réponses à “Presse – Les 50 ans de l’IRAP”

  1. VOIRIN - ballita nadia1 janvier 2012 à 5 h 59 min

    Je ne peux qu’être admirative de ma tante Souad et de Janine pas vu depuis si longtemps ….,que de positif , que de bonheur transpire dans cette description de l’irap mon plus grand bonheur venir les voir , voir les enfants
    Espérer donner du rire ,de la gaité ,c ‘est ce printemps enfin !
    À Bientot Nadia

  2. chères Madames et Monsieurs,
    pourrions nous avoir l’adresse mail de l’IRAP au LIBAN
    Merçi

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