(C) crossed-flag-pins.comC’est le retour aux racines pour vingt-trois jeunes brésiliens d’ascendance libanaise. A l’initiative d’un évêque de la communauté libanaise du Brésil, ce camp est organisé par le ministère des Affaires sociales et financé en partenariat avec l’ambassade d’Italie. Il a pour objectif de faire découvrir à ces jeunes la terre de leurs ancêtres et de mener des actions de volontariat pour faciliter la vie des personnes atteintes de handicap.

Huit jeunes de Anta Akhi, cinq jeunes malvoyants et/ou malentendants sont invités à partager le quotidien de ces jeunes brésiliens âgés de seize à vingt-cinq ans. Pendant une semaine, Roland et moi accompagnons dans leurs besoins quotidiens Joseph, Elie et Philippe. Ce qui ne m’empêche pas de prendre quelques photos. Tandis que Cynthia et Jessica accompagnent Barbara, Carole, Marianne, Mirna et Rita.

Au programme de ce camp, activités (jeux, dessins, sculptures, photos) mêlant jeunes brésiliens et jeunes atteints de handicap. Chantier à Feytroun pour construire quatre rampes rendant accessibles aux fauteuils roulants deux trottoirs de la ville. Mais aussi visite du palais de Beitedine, célébration de la messe à la Basilique Notre-Dame du Liban à Harissa, visite des ruines de Baalbek, découverte du souk de Saïda, soirée folklorique… Et la rencontre avec le chef de l’État, Michel Sleiman !

Sur les vingt-trois jeunes brésiliens, seuls trois ont leurs parents nés au Liban et une a la nationalité libanaise. Ces jeunes ne connaissent parfois du Liban que les histoires transmises par leurs grands-parents. Mais ils ont tous une telle soif de découvrir leur village d’origine, de rencontrer des membres de leur famille, que certains voudraient descendre du bus lorsqu’ils voient leur nom de famille placardé au-dessus de la porte d’une épicerie ou d’un salon de coiffure. Au fil du camp, ces jeunes brésiliens tricotent maille après maille leurs racines libanaises. Si l’idée du camp est d’inciter quelques uns des libanais de la diaspora à découvrir et à aimer leur terre d’origine, alors il est réussi !

 

La diaspora libanaise

Aucun pays au monde ne compte, comme le Liban, plus de ressortissants hors de ses frontières qu’à l’intérieur. Bien qu’aucune statistique fiable ne soit disponible, les libanais sont estimés à quatre millions au Liban et estimés à douze millions implantés sur les cinq continents ! Sept millions au Brésil, plus de trois millions aux États-Unis, plus d’un million en Argentine…

Cette diaspora libanaise conserve des liens privilégiés avec son pays d’origine. Témoins les quelques 7 milliards de dollars que les libanais du Liban auraient reçu en transferts de leur famille émigrée, selon l’estimation de la Banque mondiale ! Ce flux représentant environ 21,4 % du PIB est donc une source de financement importante pour l’économie libanaise !

Le magazine américain Forbes publie chaque année le classement des plus grandes fortunes mondiales. A la première place en 2010, Carlos Slim Helou, le magnat mexicain des télécoms et fils d’émigré libanais. Avec une fortune estimée à plus de 52,5 milliards, soit 1,6 fois le PIB du Liban !

Nombreux sont les libanais qui ont émigré et qui ont bien réussi dans les affaires. Pour passer leur vieux jours, certains regagnent leur pays natal où ils se sont fait construire de vastes demeures à grand frais. Dans le nord du pays, j’ai même vu une habitation en forme d’avion grandeur nature ! En réponse à un vieux rêve de pilote inassouvi ?

A travers le lancement en novembre 2009 du projet pilote LiveLebanon, le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement) souhaite connecter entre eux les libanais dans le monde et les encourager à financer des projets de développement dans leur propre pays, dans leurs propres villages ou villes d’origine. Des projets relatifs à la santé, l’environnement, l’éducation, la jeunesse et l’économie.

Depuis février 2009, la Fondation Maronite dans le monde mobilise également la diaspora libanaise, chrétiens et musulmans. Elle oriente les personnes concernées, leurs enfants et petits-enfants, dans leurs démarches et formalités pour réclamer leur droit à la nationalité libanaise. Ceci est possible depuis que de nombreux pays autorisent leurs citoyens à jouir d’une double nationalité. Derrière cela, c’est une démarche visant à empêcher une aggravation du déséquilibre démographique qui s’est produit au Liban, notamment durant les années de guerre (51% de chrétiens et 49% de musulmans lors du recensement de 1932, 40% de chrétiens et 60% de musulmans estimés actuellement). Voici un spot encourageant la diaspora à acquérir la nationalité libanaise :

Get the Flash Player to see the wordTube Media Player.

 

Le Liban connait depuis plusieurs années une relative stabilité politique et pourtant un phénomène migratoire est encore significatif. L’enquête « Les jeunes Libanais dans la vague d’émigration, de 1992 à 2007 » menée par l’Université Saint-Joseph à Beyrouth permet de dresser le profil type de l’émigrant libanais. C’est un jeune homme, âgé entre 18 et 35 ans, avec un diplôme universitaire en poche (gestion et services, ingénierie). Il part poursuivre des études ou pour des raisons professionnelles (plus d’opportunités et meilleures conditions de travail, amélioration de sa situation financière) dans les pays arabes, l’Europe ou l’Amérique du Nord. Même si l’émigration a toujours fait partie de la culture libanaise, je ne peux m’empêcher de ressentir de la peine à cette fuite des cerveaux et de me demander pourquoi dans les familles et dans les universités ces jeunes sont autant encouragés à quitter leur pays !

Related Posts with Thumbnails

2 réponses à “Huit jeunes d’Anta Akhi participent à un camp de jeunes libano-brésiliens”

  1. Bonsoir Jérôme,

    C’est une bonne question que tu poses à la fin de cet article…

    Dans le cas des grands parents des jeunes brésiliens avec qui vous avez campé, ils ont sans doute quitté le Liban à cause de la situation politique de l’époque.

    Aujourd’hui, tu dis qu’ils sont poussés par les universités.
    Ben oui partout les universités poussent à partir vers l’étranger pour acquérir une expérience différente de celle de Monsieur Tout l’monde. Pour mieux réussir dans la vie. Reste à savoir si ‘réussir dans la vie’ et ‘réussir sa vie’ se supportent =).
    Et si les jeunes acceptent de partir, c’est sûrement parce qu’ils sont curieux de rencontrer la différence. Je te retourne la question au passage, c’est pas un peu ce que t’as fait/tu fais, partir pour trouver…? ;)

    Tu dis qu’ils sont poussés par leur famille. C’est vrai que c’est plus dur à comprendre, parce que les libanais sont très attachés à leur Liban, et je vois pas trop pourquoi ils imaginent que leurs enfants ne pourraient pas y être heureux.
    En plus personne ne souhaite voir partir son enfant.
    Et puis j’ai l’impression que les chrétiens n’acceptent la majorité musulmane sur la terre du Christ qu’avec amertume, alors pourquoi partir?
    Je ne sais pas. Peut être que ces parents sont fatigués. De cette politique à moitié religieuse, à moitié instable et complètement bloquée.
    Ou peut être qu’ils s’imaginent que leurs enfants souffriront moins qu’eux de voir ce pays blessé s’ils sont loin. J’en sais rien, en tous cas si c’est ça, ils se trompent, c’est certain.

    Bref, pas concluant comme réflexion… =)

    PS : c’est marrant, en me relisant je vois que j’ai écrit « leur Liban ». Comme si chaque communauté, chaque parti avait son propre Liban. Sa propre façon de l’espérer…

  2. I loved the article and photos, and the attitude was very nice. You have a beautiful blog, if you have time, check my blog also, which is about Sacred Places and Spirituality in Lebanon…
    http://www.thecenteroflove.blogspot.com

    Nossa, muito bom essa atitude, eu tambem nasci no Brasil e moro no Libano, parabens…

Trackbacks/Pingbacks

    Pour laisser un commentaire...

    Les commentaires sont modérés et certains peuvent passer dans le filtre de spam. Ne vous inquiétez pas, je les vérifie un par un et les affiche après. J'encourage aussi ceux qui ne laissent jamais de commentaires à le faire, cela fait toujours plaisir ! Merci.

    Laisser ces deux champs tels quels :