Donner le sourire à des enfants défavorisés. La « Fondation Philippe Hatem pour une enfance heureuse » s’inspire, dans son action, de la générosité et du vécu d’un garçon plein d’amour, parti prématurément.
Philippe Hatem était un enfant heureux qui respirait la santé. Cela fait un an, jour pour jour, qu’un impitoyable rocher l’a arraché à l’amour des siens, lors d’un mariage à Faqra. Il n’avait que onze ans. C’était le 31 juillet 2009.
C’est en mémoire de leur fils, qui était particulièrement sensible à l’enfance défavorisée, que Teddy-Georges Hatem et Carole Nader ont créé, le 13 avril 2010, la « Fondation Philippe Hatem pour une enfance heureuse ». « Je suis persuadé que le passage sur terre de Philippe était exclusivement destiné à rendre les enfants heureux », estime M. Hatem, évoquant la grande générosité de cœur de son fils. « Là où il allait, dès qu’il était en présence d’enfants pauvres, il distribuait tout ce qu’il possédait, depuis les carambars qu’il appréciait particulièrement, jusqu’à son argent de poche. Philippe descendait même de voiture pour gâter les petits mendiants », se souvient-il. « Nous voudrions qu’à travers lui, d’autres enfants soient heureux », dit-il simplement, estimant qu’un sourire à la fois est déjà suffisant. « Il serait présomptueux de notre part de vouloir changer le monde. »
Santé, éducation, loisirs, protection, besoins de base
Avec passion, M. Hatem affiche l’ambitieux objectif de la fondation dont il est président, dans les cinq domaines de la santé, de l’éducation, de la protection, des loisirs et des besoins de base. « Notre action se concrétisera de deux manières, souligne-t-il. D’une part, nous apporterons un soutien financier à certaines structures et organisations déjà en place, afin de contribuer au développement de leur action au bénéfice de l’enfance. À travers ces partenariats, nous voulons trouver la façon la plus adéquate de travailler ensemble pour l’enfance heureuse. D’autre part, nous envisageons des actions directes sur le terrain, auxquelles participeront des jeunes désireux de donner du bonheur aux enfants défavorisés. »
Le père de Philippe insiste sur l’importance de la dimension non matérielle du programme. « Nous souhaitons que les enfants soient heureux à l’intérieur d’eux-mêmes, et que leur bonheur ne soit pas la conséquence d’une satisfaction matérielle », note-t-il. Il se rappelle, à ce propos, le peu d’intérêt pour le matériel de son fils disparu. « Il se souciait peu d’avoir de nouveaux vêtements ou objets. Il était là pour distribuer de l’amour », dit-il.
Soucieuse de débuter ses activités avant la première commémoration de la disparition de Philippe, la fondation a déjà mis en place six projets « symboliques », en attendant de passer à la vitesse supérieure. « Il s’agit d’une première démarche, de balbutiements », estime Teddy Hatem. Une enveloppe a déjà été adressée à l’association Himaya pour l’innocence en danger, pour son programme de protection d’enfants victimes d’abus sexuels.
Vingt enfants défavorisés recevront, de plus, une formation professionnelle de danse dans le cadre du « Beirut dance project ». Une bourse scolaire annuelle sera aussi offerte à un élève méritant au Collège Notre Dame de Nazareth. M. Hatem insiste sur le fait que cette bourse sera donnée à un enfant issu d’une famille défavorisée, sans discrimination aucune. Des enfants démunis seront, par ailleurs, invités à assister au théâtre de rue que donnera la troupe « Books in motion » dans des stations de train désaffectées. « La fondation assurera leur transport et leur encadrement », indique-t-il.
Vu la grande précarité de certaines familles, des paquets d’habits et de nourriture seront également distribués lors des changements de saison. « Nous avons mobilisé un groupe de jeunes pour entreprendre cette action, autrement dit récolter, trier et distribuer les effets », observe-t-il. Et d’ajouter que dans le cadre de la mise en place d’un fonds de santé, la fondation prendra en charge les frais d’hospitalisation d’un enfant nécessiteux. Enfin, tient à relever M. Hatem, « la fondation dispose d’une caisse d’urgence pour l’enfance ».
Les enfants de Tanzanie
La Fondation Philippe Hatem pour une enfance heureuse ne veut pas limiter son action au Liban. « Un enfant est un enfant », insiste Teddy Hatem. Il raconte alors que Philippe a beaucoup voyagé, qu’il a connu le monde, qu’il a été touché par ce qu’il a vu, plus particulièrement en Afrique. « Philippe était plein de compassion. Il a montré une sensibilité particulière à l’extrême pauvreté et à la gentillesse des enfants de Tanzanie, se souvient-il. C’est la raison pour laquelle ce pays constitue le point de départ de notre action internationale. » Un « centre de bonheur » pour enfants sera donc créé en Tanzanie, par le biais d’organisations partenaires. Sur un lopin de terre, la fondation construira un local qui sera à la fois une école et un centre informatique pour les enfants, ainsi qu’un atelier de couture pour les mères de famille. « Nous y aménagerons également un terrain de basket », affirme-t-il, précisant que les enfants de Tanzanie manquent de tout.
C’est dans cette optique qu’a d’ailleurs été créé le logo de la fondation, offert par l’agence de publicité H&C Léo Burnett. « Muni de son sac d’amour et de son sourire, le petit garçon qui représente Philippe parcourt la planète Terre en partant du Liban, représenté par le Cèdre », raconte son père. C’est le sourire de Philippe que ses parents voudraient tellement faire revivre sur le visage d’autres enfants. « Nous avons la profonde conviction que Philippe nous inspire pour le faire, affirme Teddy Hatem, car notre action s’inspire de ce qu’il a vécu. »
Âgée tout juste de trois mois, la Fondation Philippe Hatem pour une enfance heureuse envisage, grâce à davantage de projets et de partenariats solides, de passer à la vitesse supérieure. Même si elle n’a toujours pas organisé de collecte de fonds, elle reçoit déjà des donations de bienfaiteurs soucieux de donner du bonheur à l’enfance défavorisée et des courriels de personnes désireuses de donner bénévolement de leur temps. « La générosité humaine est fascinante. Elle nous pousse à nous dépasser », observe Teddy Hatem. Il promet d’ailleurs, pour l’automne prochain, l’organisation d’un événement unique en son genre pour faire connaître la fondation.
« Philippe nous pousse à faire des folies, conclut-il. Son sac d’amour s’est vidé sur terre. À nous de continuer à en distribuer ! »
Pour plus d’informations, contacter la directrice générale adjointe de la fondation, Yasmina Hatem au 01/217370 ou visiter le site web www.fph.org.lb.
Source : Anne-Marie El-Hage, quotidien L’Orient-Le Jour, 31 juillet 2010

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